Suivez-moi pendant quelques mois en Amérique du Sud!
21 Février 2013
Avant de parler d'Ushuaia, un peu d'histoire.
Il y a quelques millions d'années, la Patagonie était constituée de vastes plaines arides et dénuées de végétation. Les grands dinosaures régnaient en maîtres sur ces territoires. Un peu plus tard, les premiers mammifères firent leur apparition. Puis quelque chose se passa, un événement dramatique, un cataclysme d'une ampleur titanesque. Les dinosaures s'éteignirent, les mammifères subsistèrent. On ne sait pas trop comment. Enfin quelqu'un doit bien le savoir, mais moi j'en sais rien du tout. Ces mammifères évoluèrent, millénaire après millénaire, et on sait tous ce qui naquit de la plus ultime évolution de la plus ultime branche du règne animal : l'iPhone. Non je rigole. Pardon. L'Homme. Excusez mon égarement, je suis dans le bus, debout depuis 4 heures du matin. La fatigue combinée à l'ennui donne des résultats désastreux.
Bref. J'avais envie de parler des dinosaures, c'est chose faite, maintenant focalisons-nous sur nos semblables. Et sur l'extrême sud de la Patagonie : la Terre de Feu.
Les premiers Hommes, donc, s'installèrent dans la région il y a environ 10000 ans. Quatre ethnies se partageaient le territoire, et vivaient en harmonie les uns auprès (mais pas trop) des autres. Parmi eux, les Yamanas, occupaient le sud, aux abords du canal du Beagle (qui doit son nom au bateau de Charles Darwin, qui d'ailleurs s'y connaissait beaucoup mieux que moi en matière d'évolution), c'est à dire aux alentours de l'emplacement de l'actuelle Ushuaia.
Ces indiens Yamanas vivaient nus. Malgré le froid, malgré le vent, malgré la pluie tombant presque continuellement sur la région. En fait ils n'étaient pas bêtes, ils chassaient fort bien, ils savaient fabriquer des canoës, et ils auraient pu aisément se confectionner des manteaux avec les peaux des guanacos qu'ils abattaient. Le fait est que les Yamanas étaient un peuple nomade, qui ne s'établissait jamais plus de quelques jours au même endroit. Ainsi, ils construisaient en une heure ou deux seulement une cabane assez sommaire, et non imperméable. Conséquence : ils ne s'encombraient pas de lourdes peaux de bêtes qui n'auraient jamais pu sécher, mais préféraient s'enduire de la graisse des animaux marins, qu'ils chassaient fort bien également, et se réchauffaient autour des feux qu'ils entretenaient en permanence, dans leurs cabanes, dehors, et même dans leurs canoës. Canoës qu'ils utilisaient ensuite pour se déplacer vers leur prochain lieu de villégiature.
Et voilà d'où provient le nom de Terre de Feu donné par Magellan à cette île du bout du Monde, lorsqu'il la découvrit. Pour être plus précis : lorsqu'il arriva en 1520 à proximité des cotes, il vit sur les terres de nombreuses colonnes de fumée, dont vous devinez maintenant l'origine, et donna à cette contrée le nom de Tierra del Humo : Terre de Fumée. C'est ensuite Charles Quint, roi d'Espagne, qui prit la liberté de rebaptiser cette île Tierra del Fuego. Pas de fumée sans feu... Voilà où je voulais en venir!
Il y a encore plein de choses très intéressantes à apprendre sur les indiens Yamana et leur mode de vie, mais pour ceux que ça intéresse il faudra vous rendre à Ushuaia, au petit Museo Yamana, ou alors sur le grand musée planétaire, Wikipedia.
Du fait de l'éloignement et de la faible richesse en métaux précieux des terres occupées par les Yamanas et leurs voisins, ceux-ci bénéficièrent de plusieurs siècles de répit, par rapport aux habitants des régions plus au Nord (Brésil, Pérou...). Mais, à partir du XIXème siècle, les chasseurs de baleines et de phoques, et des aventuriers venus d'Europe et d'Amérique du Nord, commencèrent à s'intéresser à la région, y importèrent avec eux typhoïde, rougeole et tuberculose, et décimèrent petit à petit les populations indigènes, si bien qu'aujourd'hui le peuple Yamana a complètement disparu, leur dernière représentante s'étant éteinte en 2003.
Ushuaia, la ville la plus australe du Monde.
Ushuaia était à l'origine une mission protestante. Puis l'État argentin décida de récupérer la ville, et Ushuaia devint un port. Ensuite le gouvernement y construisit un bagne, pour "développer la région" (??). Aujourd'hui, le bagne s'est transformé en musée, et Ushuaia a conservé son port, mais est devenue la capitale touristique de la Terre de Feu.
La ville n'est pas très grande, ni très belle. Ses rues sont parallèles et perpendiculaires les unes aux autres, et aucune architecture particulière ne se démarque. A flanc de collinne, elle est en quelque sorte "organisée" en plusieurs étages : en contrebas se situe le port, de commerce et de tourisme à la fois. Plus haut, on trouve la rue principale, ses magasins, ses restaurants et son casino, puis plus haut les hôtels, et enfin les quartiers résidentiels.
Tout est regroupé autour de la baie, même l'aéroport, situé à seulement quelques kilomètres à l'ouest du centre-ville. Et le tout est encerclé de montagnes, dont les sommets sont couverts de neige aux étranges reflets argentés.
Un vent fort souffle en permanence sur la ville, et constitue la seule constante d'un climat très changeant. Il n'est pas rare de commencer une journée sous des trombes d'eau, et de la terminer sous un Soleil radieux.
Tout est hors de prix à Ushuaia. Restaurants, auberges, hôtels, magasins, transports, et même les musées!
Mais cette ville possède malgré tout quelque chose, un charme particulier. C'est la ville du bout du Monde. C'est l'agitation des rues, bondées de touristes aux allures d'aventuriers des temps modernes, allant et venant couverts de la tête aux pieds de North Face et Salomon. C'est aussi le point de départ des expéditions vers l'Antarctique. C'est peut-être aussi pour nous français Nicolas Hulot, France 3, ou les shampoings...
Tout cela mélangé confère à Ushuaia une atmosphère unique, et une excitation permanente vous anime dés lors que vous entrez dans la ville et jusqu'à ce que vous en repartiez.
Quentin, le 21 février 2013, Quelque-part entre Ushuaia et El Calafate