Suivez-moi pendant quelques mois en Amérique du Sud!
1 Février 2013
Voilà presque une semaine que je suis "bloqué" à Valparaíso. Bloqué entre guillemets car tout ici appelle au contraire à l'évasion. Le vol des mouettes, le départ des bateaux, les funiculaires qui partent à l'assaut de quelques unes des 43 collines qui encerclent la ville. Et, d'une autre manière, les panneaux d'évacuation en cas de tsunami, partout dans la ville!
L'art est absolument partout dans ici! Il n'est pas un mur qui ne soit couvert de graffitis élaborés ou peint d'une couleur vive. Entre les murs bariolés, c'est la musique qui emplit l'espace. Un groupe de musique bohème par-ci, une danseuse africaine et ses musiciens par-là, ici un vieux marin à la peau tannée entre dans le bar et pousse la chansonnette. Nul doute qu'il ait un jour vu le cap Horn. Là encore un trompettiste cubain. La journée, quand les artistes dorment, ils sont remplacés par cet étrange et joyeux tintamarre, signal de la relève des bouteilles de gaz, produit par le porteur, debout à l'arrière de son camion, tambourinant sur les bouteilles vides.
Les chiens et les chats, sans pouvoir l'apprécier (quoi que...) sont les témoins de ce spectacle permanent. Ils sont partout. Il y a le gang des chats qui veillent sur leur territoire, ravitaillés par les voisins, ravis qu'ils leur débarrassent les parages des chiens errants. Ils ne sont pourtant pas méchants ces chiens! Un peu sales et galeux certes, mais ils font partie intégrante de la vie locale! Ils n'embêtent personne, personne ne les embête. Aucune agressivité dans leur comportement. Ils ont d'ailleurs tous l'air de manger à leur faim. Parfois même trop, peut être! Ils sont ici par centaines aux quatre coins de la ville. Certains fouillent les poubelles, d'autres se prélassent au soleil ou à l'ombre, d'autres encore assurent leur descendance, sans la moindre gêne, sous le regard amusé des passants.
Le climat est absolument parfait, du moins à cette période de l'année. Chaud le jour, mais pas étouffant. Et quand vient le soir, la température diminue, mais pas assez pour nous faire frissonner. Tandis que la lumière du jour diminue, les lampadaires, les uns après les autres, commencent à s'allumer sur les collines. Un peu comme on voit apparaitre les étoiles, de plus en plus, au fur et à mesure que la nuit s'installe, pour finir par consteller complètement le ciel, ou la ville.
La ville accueille aussi la maison principale de Pablo Neruda (photo). Ce poète, écrivain, penseur, voyageur, politicien et diplomate chilien qui reçut, entre autres distinctions, le prix Nobel de littérature. A vivre dans cette ville, et en visitant sa maison, on comprend d'où pouvait lui venir cette inspiration formidable! Quelle maison! Pas grande, pas particulièrement belle, pas de grands volumes. Une maison assez étroite, tout en hauteur, sur trois étages. Mais cette configuration, sa localisation sur les hauteurs de la ville, et les baies vitrées entourant de part et d'autre le salon et les autres pièces, permettent à ses habitants de pouvoir embrasser du regard la baie et la ville tout entière, sans avoir à quitter leur fauteuil. Magnifique. Et on sent encore la présence du poète dans toute la maison. L'homme était bon vivant, en témoigne son bar, niché en retrait dans un recoin du salon, où il aimait recevoir et converser avec ses invités, en leur servant ses meilleurs vins et whiskys. Mais aussi la table à manger, toujours dressée pour accueillir plusieurs convives. L'homme était collectionneur, il aimait particulièrement les objets. Il y en a partout. Des vieux coffres, des tableaux, des sculptures, des cartes anciennes, etc. Ceux qui me connaissent un peu comprendront que j'ai été très inspiré par le personnage! J'ai adoré cette maison, et le seul texte que je connaissais de lui jusque là (vous pourrez le lire à la fin de cet article, si vous ne vous êtes pas encore enfui!). Mais j'ai décidé de remédier à cette ignorance en me procurant ses mémoires. Et je vais profiter de mon séjour forcé ici pour faire plus ample connaissance avec le personnage!
Voilà, il y a encore beaucoup à dire sur cette ville, mais je vais m'arrêter là. Vous l'aurez compris, je suis un prisonnier heureux! Quoi que j'ai quand même hâte de partir découvrir Ushuaia! Venez visiter Valparaíso si vous en avez l'occasion, vous ne serez pas déçus!
Vous m'excuserez pour le côté un peu fleur bleue de cet article, c'est ça l'effet Valparaíso!! Et vous m'excuserez aussi pour la piètre qualité des photos. Je profite de mon séjour pour étudier l'offre et déterminer quel matériel je vais pouvoir acheter pour remplacer mon reflex volé. Pour des raisons budgétaires et aussi d'encombrement, je pense me tourner vers un bridge. J'ai repéré dans un magasin un Fujifilm HS25EXR. Si vous connaissez ou si vous avez autre chose à me conseiller, je suis preneur!
Je profite également du séjour pour rassembler mes notes, récolter des bons plans au gré de mes rencontres (beaucoup de français ici!), et préparer la suite de mon voyage. Je vous promets plus de récits et de photos pour les semaines à venir!
Je vous laisse avec Pablo :
Il meurt lentement celui qui ne voyage pas
Celui qui ne lit pas,
Celui qui n’écoute pas de musique,
Celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.
Il meurt lentement
Celui qui détruit son amour-propre,
Celui qui ne se laisse jamais aider.
Il meurt lentement
Celui qui devient esclave de l’habitude
Refaisant tous les jours les mêmes chemins,
Celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu
Il meurt lentement
Celui qui évite la passion
Et son tourbillon d’émotions
Celles qui redonnent la lumière dans les yeux
Et réparent les coeurs blessés
Il meurt lentement
Celui qui ne change pas de cap lorsqu’il est malheureux au travail ou en amour,
Celui qui ne prend pas de risques
Pour réaliser ses rêves,
Celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
N’a fui les conseils sensés.
Vis maintenant !
Risque-toi aujourd’hui !
Agis tout de suite !
Ne te laisse pas mourir! Ne te prive pas d’être heureux !
- Pablo Neruda
Quentin, le 1er février 2013, Valparaíso