Suivez-moi pendant quelques mois en Amérique du Sud!
3 Mars 2013
Cette fois, la nuit fut froide, mais sèche, et aucun incident ne vint la troubler! C'est donc frais, dans les deux sens du terme, et dispos, que nous nous préparons pour cette nouvelle journée, qui s'annonce encore une fois sous un temps magnifique.
Pas besoin de replier la tente, car nous passerons de nouveau la nuit dans ce même camping. Pas besoin non plus donc de porter nos sacs. La préparation consiste donc uniquement à préparer des sandwichs, faire le plein d'eau dans la rivière, et surtout se préparer mentalement à une longue et raide ascension de plusieurs heures! 1500m de dénivelé nous attendent pour une distance de 3km seulement, soit une pente moyenne de 50%! Courage!
C'est parti, on attaque! Bien que la pente soit raide dés le départ, elle est assez praticable, car le sol est fait de terre assez compacte. On progresse donc lentement, le temps d'échauffer les jambes, mais assez facilement. Après une bonne heure sur ce chemin, un petit plateau succède à la pente et offre une vue panoramique sur toute la vallée, le lago Electrico et le rio du même nom, ainsi que sur les premières étendues de glace de l'énorme calotte glacière couvrant plusieurs milliers d'hectares de montagnes. Ce champ de glace est plus vaste que Buenos-Aires, et il s'étend de cette région jusqu'au Perito Moreno, 300km plus au sud environ. La vue est magnifique, mais nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir!
Nous reprenons donc notre ascension, qui cette fois s'avère plus difficile, bien que la pente soit moins raide. En effet le sol est plus rocailleux et les pierres roulent sous nos pieds, ce qui rend la marche beaucoup plus difficile et fatigante. M'enfin, il est encore tôt, nous sommes jeunes, bien échauffés par la première partie, le Soleil brille, le ciel est bleu, l'air est frais, et le vent absent. Ce ne sont pas quelques cailloux qui vont nous arrêter!
Deux heures plus tard, nous arrivons au sommet de la petite montagne que nous grimpons depuis le matin, et nous avons une vue sublime sur la vallée derrière nous, et devant nous s'élèvent plusieurs hauts sommets, aux pieds desquels s'écoulent deux petits glaciers, tombant dans deux petits lacs de fonte, entre "notre" montagne et celles qui nous font face. L'un de ces lacs est vert pâle, car le glacier qui l'alimente et ses eaux de fonte s'écoulent sur une paroi très gravillonneuse, tandis que l'autre, pourtant séparé du premier que de quelques mètres, et d'un bleu très pur, et parsemé de quelques icebergs d'un blanc tout aussi pur, car son propre glacier repose lui sur une pente de roche très compacte, très dure, et ne charrie donc aucune poussière susceptible de "polluer" l'eau du lac.
Il est près de midi, et cet endroit constitue une parfaite aire de pique-nique. Nous profitons donc de cette halte pour refaire nos forces, en silence, nos regards perdus, ne sachant pas où regarder parmi toutes ces gigantesques merveilles de la nature qui nous entourent.
Jusqu'ici, l'ascension, bien qu'éprouvante, était relativement facile. Il suffisait en effet de suivre le chemin assez bien tracé et de pousser sur les jambes! Mais ça va se corser!
Après avoir fait le plein d'énergie, au moyen de sandwichs, pommes et barres de céréales, c'est le moment d'attaquer la dernière partie, mais non la plus facile, loin de là! Car si elle n'est pas plus raide que les précédentes, du moins au début, elle est beaucoup plus technique, et donne plutôt dans l'alpinisme (ou plutôt l'andinisme) que dans la simple randonnée!
La suite du "chemin", balisé par de petits monticules de pierres élevés plus ou moins régulièrement, nous mène droit sur les rives d'un des lacs glaciaires, que nous contournons. Puis nous devons ensuite traverser la couche de neige et de glace séparant les deux lacs, pour nous rendre sur la dernière pente à gravir. C'est là que ça se corse! Deux solutions pour joindre le sommet : soit nous traversons en diagonale sur une grosse centaine de mètres le glacier qui se dresse devant nous, soit nous le contournons, ce qui implique que nous devrons escalader les roches qui s'élèvent sur sa gauche. Étant donné que nous ne sommes pas équipés de crampons, et que de plus, sous l'effet du Soleil la glace semble fragile et laisse apparaître quelques fissures qui nous font craindre une avalanche, nous décidons que le plus sûr est de contourner le glacier et de ne marcher que sur les rochers, et le moins possible sur la glace. Les deux amis belges étant assez expérimentés en matière de grimpette, et moi assez sûr de mon côté primate, nous abordons avec entrain, mais non sans précaution, cette partie assez technique! (Emma nous a abandonnés après le déjeuner)
Arrivés au sommet de ces roches "praticables", il nous reste encore à traverser une petite partie du glacier, dont la surface est heureusement assez fondue pour que les crampons de nos chaussures y adhèrent. Nous progressons lentement, assurant chaque pas, et s'aidant de nos mains, que nous ne sentons plus au bout de quelques minutes! La pente du glacier n'est pas bien raide, mais toute chute nous entraînerait, après une bonne cinquantaine de mètres de glissade, directement au fond du lac, qui ne doit pas être bien chaud! C'est assez stressant, mais très excitant!!!
Enfin nous arrivons à la base supérieure du glacier, pour la dernière épreuve : escalader cette dernière partie de roche, assez verticale, pour enfin atteindre le sommet et, nous l'espérons, être récompensés de nos efforts! L'escalade n'est pas évidente, et nous devons essayer plusieurs passages avant de parvenir enfin au sommet.
Et là... Quelle récompense! Quelle vue!!! Je crois que je n'ai jamais rien vu d'aussi impressionnant, d'aussi beau, d'aussi grand. Depuis notre observatoire, constitué de l'étroite cime de la montagne que nous venons de gravir, au delà du vide qui nous entoure, s'élèvent le Mermoz, le Val de Vois, le Pollone, et le fameux Fitz Roy, dominant tous ses voisins, son glacier, et le cirque de montagnes qui l'entoure. Et derrière nous toujours cette superbe vallée, dont les lacs et rios brillent sous les reflets du Soleil. Quel fabuleux spectacle. Nous sommes ébahis devant ces immensités. Seule une belle avalanche, dévalant soudain les pentes du Fitz Roy, vient troubler le calme des lieux et notre silence.
Ce paysage, après cette ascension... Quel sentiment m'envahit! C'est formidable, je ne peux pas rêver mieux. C'est exactement ce que je suis venu chercher sur ce continent magnifique. Je voudrais rester des heures assis à contempler ce paysage spectaculaire.
Mais, après êtres restés un bon moment à en prendre plein la vue, et c'est le moins que l'on puisse dire! il fallut songer à redescendre, et à regagner notre campement. La descente fut plus facile que nous ne le redoutions, et en moins de trois heures nous étions de retour dans la vallée, et nous avons passé les dernières heures de la journée à nous reposer sur les rives du lago Electrico, les yeux encore éblouis et le coeur gonflé des extraordinaires aventures de la journée.
Demain, repos!
Quentin, le 4 mars, à El Chalten