Suivez-moi pendant quelques mois en Amérique du Sud!
13 Avril 2013
La Paz, 7 avril 2013
Tout juste revenu de la route de la mort, une descente sans fin de 3000m de dénivelée, me revoici à La Paz, à parcourir les rues et les agences de la ville, en quête d'une nouvelle aventure. Cette fois, au lieu de descendre, ça va grimper. Et ça va grimper sévère! Objectif : 6088m au dessus du niveau de la mer. Un sacré challenge pour moi qui n'ai jamais grimpé à plus de mille et quelques mètres d'altitude, et encore moins sur un glacier. Défi relevé! Rendez-vous demain matin pour attaquer cette longue ascension. Bon, l'ascension ne commence pas au niveau de la mer, mais à 4000m d'altitude environ. Les épreuves qui m'attendent sont les suivantes : dormir peu, manger mal, vaincre le mal de l'altitude (mal de crâne, manque d'oxygène), le vertige (bien que je n'y sois pas sujet, certains passages s'annoncent corsés), et le froid : l'ultime étape se déroulera de nuit, sur un glacier, très haut au dessus des nuages.
Camp de base, 8 avril 2013
J'ai bien dormi cette nuit à La Paz. J'ai pris une dernière douche chaude, et un bon petit déjeuner. Tant mieux, car je ne le sais pas encore, mais je m'apprête air vivre l'expérience la plus épuisante de toute ma vie!
Ensuite, après avoir récupéré l'équipement à l'agence, fait connaissance avec les guides et les autres grimpeurs, deux allemandes et deux argentins, nous voici rendus au camp de base, à environ 4000m d'altitude. Contenu du packetage : 3 jeux de sous vêtements, supplément chaussettes, un sous-pull thermique, deux pulls, une polaire, un pantalon, un collant, un pantalon étanche, une veste coupe vent, une paire de gants, une écharpe, un bonnet, des chaussures de marche, des bottes, des crampons, un piolet, un casque, un baudrier, et un duvet confort garanti à -10°C.
Pour cette première journée, pas d'ascension. Seulement une courte marche jusqu'à la base d'un petit glacier, pour faire connaissance avec le matériel et son utilisation : marche sur la glace avec les crampons, maniement du piolet, escalade.
Puis retour au refuge pour un petit gouter à base de biscuits et de maté de coca (infusion de feuilles de coca, pour lutter contre le mal de l'altitude), un court briefing et une partie de cartes, avant d'aller se coucher, de bonne heure. La nuit est courte et le sommeil difficile. Dormir à cette altitude n'est vraiment pas évident. Je n'ai pas froid, mais je respire mal, je tourne, je me retourne, je peine à trouver le sommeil.
Campo Alto Rocas, 9 avril 2013
Une courte nuit donc, entrecoupée de nombreux réveils essoufflés. Mais ce n'est pas encore trop grave, la deuxième journée ne s'annonce pas très difficile. Au programme, seulement deux heures de marche, avec les sacs à dos certes, mais pas dure. Et nous voici vite arrivés au second refuge, Campo Alto Rocas, à 5130m d'altitude, pour le déjeuner : soupe de quinoa, poulet, riz, patates. Comme d'hab. En Bolivie (et au Pérou), quand vous prenez une excursion, ou quoi que ce soit où le déjeuner ou le dîner sont inclus, il y a 99% de chances que l'on vous serve exactement ce menu. Soupe poulet riz patates. Ou parfois une petite variante : un morceau de boeuf, ou plutôt de semelle, qui vous fera finalement regretter l'habituel morceau de poulet.
Le reste de l'après-midi est libre. Repos. Ou pas. Pour tuer le temps, avec un suisse et un suédois, nous avons décidé de garder le rythme et de grimper encore un peu, pour profiter de la vue, au Soleil, sur un petit rocher un peu plus haut. Après un petit moment, nous avions décidé de rentrer au bercail. Et c'est là qu'une après-midi qui s'annonçait un peu longue et morne s'est changée en une après-midi fatigante, s'achevant sur une note assez cocasse dirons-nous. Je vous explique : en arrivant au refuge, nous avons croisé deux des guides, qui partaient en direction du glacier, bottes aux pieds et skis à l'épaule. On les a regardés se lancer à l'assaut du glacier, puis, quelques centaines de mètres au dessus de nous, chausser les skis et dévaler la pente pour revenir vers le refuge... où nous les attendions, le suisse et moi, de pied ferme! Y a pas d'raison, nous aussi on veut faire du ski! Ils ont finalement accepté de nous prêter leur (vieux) matos, bottes trop grandes et skis anciens. Nous voilà donc repartis à grimper le glacier (pour le repos, on repassera!), skis sur l'épaule. Arrivés là-haut, épuisés, essoufflés, on chausse les skis. Je me tourne vers la pente, et là... c'est la drame. Enfin pas encore. Mon ski se déchausse au premier mouvement. J'essaye donc de le rechausser. En vain. Avec le deuxième, même problème. Je passe une vingtaine de minutes à déneiger mes bottes, les fixations, j'essaye par tous les moyens de fixer ces fichues antiquités à mes fichues bottes. Rien à faire. Tant pis, je me résous donc à redescendre à pieds, sous les regards perplexes des guides et du suisse, depuis longtemps arrivé en bas. Et là, c'est vraiment le drame. Un des skis m'échappe, et se met à dévaler la pente à toute vitesse! Les autres ont eu beau se lancer à toutes jambes à sa rencontre, le bougre était bien trop rapide, et a fini sa course en bas du glacier par un superbe saut en longueur, direction les rochers en dessous. Aie aie aie, que je me sens con! Je redescends donc, tout penaud, ski (au singulier) sur l'épaule. Heureusement et miraculeusement, pas trop de bobo, le pauvre ski s'en sort avec seulement quelques égratignures.
Voilà voilà. Heureusement pour moi, il n'y avait pas trop de public pour assister à ma mésaventure, et je me suis bien gardé de me venter de mes exploits!
La journée se termine de bonne heure, à 17h, par un petit dîner (je vous laisse deviner le menu... Perdu! Spaghettis "bolo"!). A 18h, tout le monde au lit! Réveil à minuit, début de l'ascension finale à 1h!
Le sommet, 10 avril 2013
Si la nuit précédente a été courte, que dire de celle-là?! Déjà en temps normal, à 18h, on a pas trop sommeil, alors quand l'altitude s'en mêle, et qu'on doit se réveiller à l'heure à laquelle on commence à s'endormir habituellement, ben c'est pas évident. Surtout quand six heures de marche sur un glacier nous attendent. Mais bon, c'est pas grave, j'ai la motivation au plus haut, l'excitation me tiendra éveillé, et puis hein, on se reposera quand on sera mort! Alors on chausse les crampons, on se gave de pain, de chocolat et de maté de coca, on s'encorde, on allume la lampe frontale, et on attaque!
C'est parti! Toute l'ascension se déroule sur la glace. J'ai enfilé toutes les couches de vêtements que j'avais emportés. Je n'ai pas froid. Pas encore. Ça grimpe, c'est raide, j'ai même plutôt chaud. La marche se fait à pas de zombie, un pied devant l'autre, plus lent tu recules! Mais même à cette vitesse, la respiration est rendue difficile par le manque d'oxygène.
On marche, on marche, on marche. La neige est fraiche et craque sous les pas. On grimpe. Parfois on doit jouer du piolet pour gravir une partie un peu plus raide. Il fait noir. Pendant les pauses, j'éteins ma lampe pour profiter du spectacle : les étoiles sont innombrables, si brillantes qu'elles paraissent assez proches pour qu'on puisse les toucher du bout des doigts.
Après 4 heures de marche, voici l'instant de vérité : une étroite corniche longue d'une cinquantaine de mètres nous sépare du sommet. De chaque côté, le vide. Dans le noir, impossible de juger sa profondeur. Entre l'altitude, la fatigue, l'adrénaline, et ce vide qui m'entoure, je peux vous dire que ces cinquante petits mètres m'ont semblé être des kilomètres! Mais finalement nous y voilà! Le sommet! 6088m au dessus du niveau de la mer.
Quelle sensation que d'être ici, d'avoir accompli cette épreuve! C'est incroyable, je suis tellement envahi par je ne sais quel sentiment, que j'en oublis mes doigts de pieds congelés, que je ne sens plus d'ailleurs!
Et là, le Soleil se lève, au loin. Émerveillement. Je domine le Monde. Les autres sommets de la cordillère royale, pourtant pas ridicules, paraissent si bas. Ils retiennent derrière eux, comme une digue, une véritable mer de nuages. La vallée, les vallées autour de moi sont dégagées. La vue est magnifique, avec la neige qui commence à scintiller sous les rayons du Soleil. Au loin j'aperçois le lac Titicaca. Le Soleil monte sur l'horizon, je me retourne, et là je vois son ombre! L'ombre du Huayna Potosí, sur le sommet duquel je me tiens, qui s'étale sur des centaines de kilomètres! Quelle vision hallucinante!
C'est maintenant le moment de redescendre. Et là, dans la lumière du jour, je le vois, le vide qui entoure la corniche! Et j'avais raison d'être impressionné! Et je le suis encore plus maintenant!
La descente est magnifique. Des crevasses, des stalactites, des dômes de neige pure, immaculée, tout un monde de glace dont je n'avais pas soupçonné l'existence dans le noir. Magnifique, mais interminable. Je suis sur les rotules. Littéralement! (Enfin presque!) Je n'en peux plus. On arrive enfin au refuge, mais ce n'est pas terminé. Il faut reprendre les sacs et marcher encore une heure pour arriver au premier refuge, et enfin pouvoir s'échouer dans le minibus qui nous ramènera à La Paz! Je n'ai jamais été aussi épuisé!
Et maintenant, direction la gare routière, et direction... Cuzco, pour de nouvelles aventures!!!
Dans le bus, avachi dans mon siège, j'ai la tête qui va exploser tellement la fatigue et l'euphorie m'assaillent : je me rends à Cuzco, une des villes les plus mythiques du Monde (à mes yeux en tout cas), et, quittant La Paz, par la fenêtre je contemple, au loin... le sommet du Huayna Potosí, sur lequel je me tenais quelques heures plus tôt, qui nous domine de toute sa hauteur...
Quentin, Cuzco, le 18 avril 2013.